L’insuffisance rénale chronique (IRC) est l’une des affections les plus redoutées par les propriétaires de chats âgés. Lorsqu’elle atteint sa phase terminale, aussi appelée stade 4, les reins ne parviennent plus à filtrer les toxines du sang, plongeant l’animal et son maître dans une période difficile. Ce diagnostic soulève des questions urgentes : quels sont les signes que la fin est proche ? Le chat souffre-t-il ? Existe-t-il encore un espoir de stabilisation ou faut-il envisager l’adieu ?
En bref :
- L’insuffisance rénale terminale (stade 4) est une maladie irréversible où les reins fonctionnent à moins de 10%.
- Les symptômes d’alerte immédiate sont l’anorexie, les vomissements, une odeur d’ammoniaque et une grande apathie.
- Le diagnostic se confirme par une créatinine sanguine très élevée (> 50 mg/L) et souvent une anémie.
- Le traitement est palliatif : il vise le confort via la perfusion, les anti-nauséeux et le maintien de l’hydratation.
- Si le chat refuse la nourriture rénale, la priorité est qu’il mange, privilégiez alors la pâtée ou une nourriture humide appétente.
- La priorité absolue reste la qualité de vie du chat ; l’acharnement thérapeutique est déconseillé si l’animal ne répond plus aux soins.
Quels sont les symptômes de l’insuffisance rénale en phase terminale ?
Au stade terminal, les symptômes ne se limitent plus à une augmentation de la soif. Ils résultent directement de l’urémie, c’est-à-dire l’intoxication de l’organisme par ses propres déchets (urée, créatinine) que les reins ne peuvent plus éliminer. Si votre chat présente ces signes cliniques, sa condition est jugée critique :
- Anorexie totale : Votre chat refuse de s’alimenter. Ce n’est pas un caprice, mais une véritable nausée permanente provoquée par les toxines. Ce refus de nourriture entraîne une fonte musculaire rapide.
- État léthargique sévère : L’animal sombre dans une apathie profonde. Il ne réagit plus aux sollicitations, ne fait plus sa toilette et dort la quasi-totalité de la journée.
- Troubles digestifs aigus : Les vomissements sont fréquents (parfois accompagnés de sang) et le chat peut souffrir de diarrhées noirâtres ou, à l’inverse, d’une constipation sévère due à la déshydratation.
- Halitose marquée : Une odeur forte et caractéristique d’ammoniaque se dégage de la gueule du chat. C’est un signe distinctif de l’urémie élevée.
- Ulcères buccaux (stomatite) : Des lésions douloureuses apparaissent sur les gencives et la langue, rendant toute prise alimentaire pénible.
- Troubles neurologiques : L’intoxication du cerveau par l’urée peut provoquer des tremblements, une perte d’équilibre (ataxie), voire des convulsions ou un coma urémique dans les cas ultimes.
- Déshydratation extrême : Malgré une consommation d’eau parfois excessive (polydipsie), le chat est déshydraté. On observe un pli de peau persistant lorsqu’on la pince, et des yeux enfoncés dans les orbites.
Comprendre le stade 4 : le diagnostic vétérinaire
Pour confirmer que le chat a atteint la phase terminale, le vétérinaire s’appuie sur une prise de sang et une analyse d’urine. À ce stade, on estime que plus de 90% des néphrons (unités fonctionnelles du rein) sont détruits. Selon la classification IRIS (International Renal Interest Society), les marqueurs biologiques atteignent des seuils critiques.
Voici les valeurs généralement observées lors d’un bilan sanguin de stade 4 :
| Indicateur | Valeurs du Stade Terminal (Stade 4) | Signification |
|---|---|---|
| Créatinine | Supérieure à 50 mg/L (> 440 µmol/L) | Les reins ont perdu leur capacité de filtration glomérulaire. |
| Urée | Taux très élevé | Responsable des nausées, des ulcères et des troubles neurologiques. |
| Phosphore | Élevé (Hyperphosphatémie) | Les reins n’éliminent plus le phosphore, ce qui accélère la destruction rénale. |
| Hématocrite | Basse | Signe d’une anémie sévère, car le rein ne produit plus assez d’EPO (érythropoïétine). |
Peut-on soigner un chat en phase terminale ? traitements et soins palliatifs
Il est important d’être réaliste : on ne guérit pas une insuffisance rénale terminale. Les tissus rénaux détruits ne se régénèrent pas. Cependant, l’objectif médical bascule vers les soins palliatifs pour tenter de stabiliser l’animal et lui offrir un confort de vie, même temporaire.
La gestion de crise repose souvent sur plusieurs piliers :
- La fluidothérapie (Perfusion) : C’est le traitement d’urgence majeur. En plaçant le chat sous perfusion intraveineuse pendant plusieurs jours, le vétérinaire tente de « rincer » l’organisme pour faire baisser artificiellement les taux d’urée et de créatinine et réhydrater l’animal.
- Médicaments de soutien : On administre des anti-vomitifs pour limiter les nausées, des pansements gastriques pour soulager les ulcères, et des chélateurs de phosphore (comme le carbonate de calcium ou le chitosan) pour limiter l’absorption de ce minéral toxique.
- Gestion de l’anémie et de l’hypertension : Des traitements spécifiques peuvent être ajoutés pour soutenir le cœur et oxygéner le sang.
Quelle alimentation donner à ce stade avancé ?
L’alimentation est le levier principal de la gestion de l’IRC, mais elle devient un casse-tête en phase terminale.
La règle théorique est stricte : il faut une alimentation pauvre en phosphore et à teneur modérée en protéines de haute qualité pour ne pas surcharger les reins. C’est le principe des gammes vétérinaires « Renal ».
Cependant, face à un chat anorexique, le pragmatisme l’emporte. Un chat qui ne mange pas dégrade son organisme encore plus vite (risque de lipidose hépatique). Si votre compagnon refuse les croquettes médicalisées, proposez-lui ce qu’il accepte de manger : de la pâtée (pour l’hydratation) ou de la viande blanche, riche en eau et appétente. L’objectif absolu est de maintenir la prise alimentaire et l’hydratation.
Espérance de vie et fin de vie : prendre la bonne décision
L’espérance de vie d’un chat en phase terminale est très variable, allant de quelques jours à quelques mois. Tout dépend de sa réponse à la perfusion : certains chats voient leur créatinine baisser significativement et regagnent un peu de vitalité (« lune de miel »), tandis que d’autres ne répondent plus aux traitements.
En tant que propriétaire, la priorité doit rester la qualité de vie de votre animal. Pour vous aider dans cette décision douloureuse, posez-vous ces questions objectives :
- Mon chat mange-t-il encore un peu ?
- Semble-t-il souffrir ou est-il prostré en permanence ?
- A-t-il encore des moments d’interaction avec moi ?
Lorsque les traitements ne parviennent plus à soulager les symptômes (vomissements incoercibles, convulsions, détresse respiratoire), l’euthanasie peut être envisagée comme un dernier acte de soin pour abréger des souffrances inutiles.

