Les tiques ne sont pas de simples parasites indésirables qui se nourrissent du sang de nos animaux de compagnie. Elles sont surtout les vecteurs de pathologies graves, parfois mortelles, qui nécessitent une vigilance absolue de la part des maîtres. De la célèbre piroplasmose à la maladie de Lyme, une morsure de tique peut rapidement dégénérer si elle n’est pas prise en charge. Ce guide vous aide à identifier les premiers signes d’alerte et à adopter les bons réflexes pour protéger la santé de votre chien.
En bref
- Les tiques transmettent des bactéries et des parasites microscopiques directement dans le sang du chien lors de leur repas sanguin.
- La piroplasmose, la maladie de Lyme et l’ehrlichiose sont les pathologies vectorielles les plus fréquentes et dangereuses en France.
- Une fièvre soudaine, une fatigue intense, une perte d’appétit ou des urines très foncées sont des urgences vétérinaires absolues.
- Le retrait immédiat du parasite avec un crochet spécial limite drastiquement le risque d’infection.
- L’utilisation régulière d’antiparasitaires (colliers, pipettes, comprimés) reste le seul moyen fiable d’éviter ces maladies mortelles.
Les tiques transmettent plusieurs maladies graves aux chiens
Le danger d’une tique ne réside pas dans la morsure elle-même, mais dans ce qu’elle injecte. Lorsqu’une tique des espèces Ixodes, Dermacentor ou Rhipicephalus sanguineus se fixe sur la peau, elle plante son rostre pour prendre un repas de sang.
Après une période de fixation variant généralement de 24 à 48 heures, la tique gorgée de sang commence à régurgiter. C’est lors de cette régurgitation que les agents pathogènes (bactéries ou parasites) stockés dans son système digestif passent dans la circulation sanguine du chien. Comprendre ce mécanisme souligne l’urgence du retrait : plus une tique reste accrochée longtemps, plus le risque de transmission augmente.
Voici un comparatif des principales maladies transmises :
| Maladie | Agent Pathogène | Espèce de tique | Gravité potentielle |
|---|---|---|---|
| Piroplasmose (Babésiose) | Parasite (Babesia canis) | Dermacentor reticulatus | Mortelle (urgence absolue) |
| Maladie de Lyme (Borréliose) | Bactérie (Borrelia) | Ixodes ricinus | Invalidante (chronique) |
| Ehrlichiose | Bactérie (Ehrlichia canis) | Rhipicephalus sanguineus | Grave (hémorragies) |
| Anaplasmose | Bactérie (Anaplasma) | Ixodes ricinus | Modérée à sévère |
La piroplasmose ou babésiose détruit les globules rouges
C’est la hantise des propriétaires de chiens et la maladie vectorielle la plus fréquente en France. Provoquée par le parasite Babesia canis, la piroplasmose (aussi appelée babésiose) s’attaque directement aux globules rouges du chien pour les détruire. Cette destruction massive entraîne une anémie sévère et libère des toxines qui peuvent bloquer les reins.
Sans traitement rapide par un vétérinaire, la mort peut survenir en quelques jours. Les signes typiques incluent une forte fièvre, un abattement soudain et des urines foncées (couleur marc de café ou thé). Un vaccin existe, mais il ne protège pas à 100%, ce qui rend la prévention antiparasitaire indispensable.
La maladie de Lyme ou borréliose provoque des boiteries
Plus connue chez l’humain, la maladie de Lyme (ou borréliose) touche aussi les chiens, principalement ceux fréquentant les zones boisées où vit la tique Ixodes. Contrairement à l’homme, l’érythème migrant (la tache rouge en cible sur la peau) est rarement visible à cause du pelage.
La maladie est sournoise car les symptômes peuvent apparaître plusieurs mois après la morsure. Les bactéries Borrelia migrent dans l’organisme et provoquent souvent des douleurs articulaires intenses. Si votre chien se met à boiter d’une patte, puis d’une autre, sans raison traumatique apparente, une consultation s’impose. Des antibiotiques permettent de traiter l’infection, mais des séquelles chroniques peuvent persister.
L’ehrlichiose entraîne un déficit immunitaire et des hémorragies
Cette maladie bactérienne, causée par Ehrlichia canis, est transmise par la tique brune du chien (Rhipicephalus), très présente dans le sud de la France, les chenils et les habitations. La bactérie ne s’attaque pas aux globules rouges, mais aux globules blancs et aux plaquettes.
Les conséquences sont dramatiques pour le système immunitaire : le chien devient vulnérable aux autres infections et présente des risques d’hémorragies. Des saignements de nez (épistaxis), des vomissements ou des diarrhées peuvent survenir en plus de l’état fiévreux. La phase chronique peut être fatale si la moelle osseuse est atteinte.
D’autres maladies vectorielles plus rares existent comme l’hépatozoonose
Bien que moins fréquentes, d’autres pathologies menacent nos compagnons. L’hépatozoonose canine, provoquée par Hepatozoon canis, possède un mode de transmission unique : le chien ne s’infecte pas par la morsure, mais par l’ingestion de la tique (en se léchant ou se mordillant pour retirer le parasite). Cette maladie provoque fièvre, amaigrissement et douleurs musculaires. Citons également les rickettsioses ou l’anaplasmose, qui génèrent des symptômes similaires (faiblesse, fièvre) et compliquent souvent le diagnostic vétérinaire.
Les symptômes d’alerte à surveiller après une morsure de tique
Puisque les tiques sont minuscules (parfois de la taille d’une tête d’épingle) et se cachent dans les poils, la morsure passe souvent inaperçue. C’est l’apparition de symptômes cliniques qui doit vous alerter. Tout changement brutal de comportement après une promenade en forêt ou dans les hautes herbes doit être suspecté.
Consultez un vétérinaire en urgence si vous observez l’un de ces signes :
- Fièvre élevée (supérieure à 39°C).
- Perte d’appétit totale (anorexie).
- Apathie ou fatigue extrême (le chien ne veut plus jouer ni se lever).
- Urines foncées (brunâtres ou orangées).
- Muqueuses pâles (gencives ou intérieur de l’œil blancs).
- Boiteries changeantes ou raideurs articulaires.
Les bons gestes pour retirer une tique sans risquer l’infection
Si vous trouvez une tique plantée dans la peau de votre chien, vous devez la retirer immédiatement, mais pas n’importe comment. L’objectif est d’extraire le parasite sans comprimer son abdomen, ce qui provoquerait une régurgitation réflexe de son contenu gastrique infecté dans le sang du chien.
L’outil indispensable est le crochet spécial (type tire-tique), disponible en pharmacie ou chez le vétérinaire.
Ce qu’il faut faire :
- Écarter les poils pour bien voir la tique.
- Glisser le crochet sous la tique, au ras de la peau.
- Tourner le crochet (comme un tournevis) jusqu’à ce que la tique se décroche d’elle-même (généralement après 2 ou 3 tours).
- Désinfecter la zone de morsure après le retrait.
Ce qu’il ne faut absolument pas faire :
- Ne jamais tirer dessus avec une pince à épiler (la tête ou rostre resterait plantée, créant un abcès).
- Ne jamais utiliser d’éther, d’alcool ou d’huile pour « étouffer » la tique (cela la stresse et provoque la régurgitation immédiate).
- Ne pas écraser la tique retirée avec les doigts.
Les méthodes de prévention efficaces contre les parasites
La meilleure arme contre ces maladies reste la prévention. Aucun traitement curatif n’est sans risque, et les séquelles peuvent être lourdes. Pour protéger efficacement votre animal, la stratégie repose sur trois piliers.
- L’inspection systématique : Au retour de chaque balade, passez vos mains partout sur le corps du chien (y compris les oreilles, le cou et entre les doigts). Les tiques cherchent les zones à peau fine.
- Le traitement antiparasitaire continu : Utilisez des produits vétérinaires reconnus (pipettes spot-on, colliers à longue durée d’action ou comprimés appétents). Ces solutions tuent les tiques souvent avant qu’elles n’aient le temps de transmettre la maladie. Attention, les produits naturels sont souvent insuffisants en période de forte infestation.
- La vaccination : Discutez avec votre vétérinaire du vaccin contre la piroplasmose ou la maladie de Lyme, particulièrement si vous vivez dans une région à risque ou si vous chassez avec votre chien.

